Fiction adulte

Les douze tribus d’Hattie – Ayana Mathis

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1923, la jeune Hattie, accompagnée de sa mère et de ses deux sœurs, quitte sa Géorgie rurale et la ségrégation qui sévit encore dans le Sud. Les premiers espoirs d’une vie meilleure sont mis à mal par une grossesse non désirée et le mariage qui en découle. Le décès de ses jumeaux d’une pneumonie quelques mois plus tard leur porte un coup fatal.

Pourtant de ce couple bancal naitront encore neuf enfants. C’est à travers leurs voix, puis celle d’une petite fille d’Hattie, que l’on découvre cette famille au fil des années qui passent, une famille avec ses failles et ses nombreux gâchis.

Car Hattie, obnubilée par la nécessité de faire survivre ces autres enfants, agacée par un mari joueur et peu fidèle, angoissée par la misère et le manque d’argent, ne laisse aucune place pour l’émotion et les sentiments.

L’écriture est très maîtrisée, à l’image de cette femme forte qui laisse parfois jaillir la colère et le désir. L’auteur parvient brillamment à saisir la psychologie de chacun de ses personnages, à les intégrer dans l’histoire de la famille, juste en partageant quelques jours de leur destin. Chacun de ces enfants blessés est touchant à sa façon, et dessine en filigrane le portrait d’Hattie, une femme dont l’apparence très forte se craquelle dans le sourire d’un homme ou l’odeur du cuir chevelu d’un bébé.

Comme à chaque fois que je lis un livre traitant de la ségrégation, je suis surprise et choquée par sa proximité dans le temps. Que dans les années 60 aux Etats-Unis puissent encore exister des aires d’autoroutes et des plages réservées aux noirs me bouleverse vraiment.

 Une puissante épopée familiale qui traverse un vingtième siècle américain encore bien raciste. 

Hattie savait que ses enfants ne la considéraient pas comme quelqu’un de gentil, et peut-être ne l’était-elle pas, mais quand ils étaient petits, il n’y avait pas beaucoup de temps pour les sentiments. Elle leur avait fait défaut dans des domaines essentiels, mais à quoi aurait-il servi de passer les journées à les serrer contre elle et à les embrasser s’ils n’avaient rien eu à se mettre dans le ventre ? Ils ne comprenaient pas que tout l’amour qu’elle avait en elle était accaparé par la nécessité de les nourrir, de les habiller et de les préparer à affronter le monde. Le monde n’aurait pas d’amour à leur offrir ; le monde ne serait pas gentil.

Photo Céline ok

 

Céline

 

 

Les douze tribus d’Hattie, Ayana Mathis, Gallmeister, 2014, Fiction Adulte, lien opac, 8-3 MATH.

 

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